Visite à la Maison Picassiette

maison-Picassiette-1 Mi-octobre 2014. Rencontres Internationales de Mosaïque à Chartres. Grand ciel bleu et températures largement au-dessus des normales saisonnières. Les mosaïstes en tee-shirt peuplent les terrasses au pied de la magnifique cathédrale. Après un samedi plein de surprises et de rencontres, je profite du dimanche pour faire un saut jusqu’à la Maison Picassiette, quasi-lieu de pèlerinage des mosaïstes…

Cette petite maison, acquise par la ville de Chartres en 1981 et classée monument historique deux ans plus tard, appartenait, au début du 20e siècle, à Raymond Isidore. Balayeur au cimetière de Chartres, il avait acheté un terrain, rue du Repos, en 1929. Puis il s’était mis à collectionner des morceaux de vaisselle qu’il trouvait au cimetière ou bien dans les décharges publiques. Durant 34 ans, cet homme issu d’un milieu fort modeste, sans culture artistique, en décora sa maison, la transformant, à l’extérieur comme à l’intérieur (y compris les objets du quotidien !), en une étonnante œuvre d’art brut. Quinze tonnes de matériaux de toutes sortes recouvrent aujourd’hui murs, sols, chaises, tables, tuyaux… jusqu’à la cuisinière !

maison-Picassiette-2 maison-Picassiette-3Amoureux du bleu des vitraux de la cathédrale, Isidore fit de ce bleu la couleur dominante de son œuvre. A la fois guidé par sa foi et ses rêves nocturnes, il déclina différents thèmes : la ville de Chartres est largement représentée, avec la cathédrale (présente à plusieurs reprises) et la porte Guillaume, mais on y trouve également d’autres cathédrales, ainsi que divers symboles religieux, de nombreux animaux, et même, au milieu du jardin, la Tour Eiffel !

En 1954, Isidore, dit Picassiette (certains parlent d’un surnom dérivé de pique-assiette ; d’autres évoquent une référence à Picasso, Isidore étant pour eux le « Picasso de l’assiette »), reçut la visite de Picasso, et il fut aussi photographié par Doisneau :

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Raymond et Adrienne Isidore, immortalisés par Doisneau, en 1953

 

Mort en 1964, Raymond Isidore nous laisse un témoignage émouvant. Se sentant, au travers de son métier, rejeté parmi les morts, il expliquait : « Je pense trop. Je pense, la nuit, aux autres, qui sont malheureux ; ça m’empêche quelquefois d’être heureux. Je voudrais leur expliquer. L’esprit m’a dicté ce que je devais faire pour embellir la vie. Beaucoup de gens pourraient en faire autant, mais non : Ils n’osent pas. Moi, j’ai pris mes mains et elles m’ont rendu heureux. Je voudrais être un exemple. » Suivons donc cet exemple : osons faire, et soyons heureux !

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Voici une archive INA pour les plus curieux : cliquer ici. Et pour les infos pratiques (adresse, horaires, tarifs, etc.), cliquer ici.

Que fait-on à l’atelier de mosaïque du Mourillon ?

cadeauNoël approche, avec son lot de cadeaux de toutes sortes qui finiront dans un coin du salon ou dans un placard, sans avoir vraiment été utilisés… Pourquoi ne pas offrir plutôt des cadeaux dématérialisés, meilleurs pour l’environnement, le lien social, le moral… ? Pensez aux sorties culturelles, aux cours sportifs… et aux ateliers artistiques !

Depuis deux ans, l’atelier de mosaïque de l’Amicale Laïque du Mourillon est ouvert aux adultes et adolescents, tous les mardis, de 18h30 à 20h30. Mais, me direz-vous, qu’y fait-on exactement ?

Beaucoup confondent encore mosaïque et céramique, par exemple. La différence est simple : le mosaïste casse ce que le céramiste fabrique !! Plus sérieusement, la mosaïque consiste à couper/tailler des matériaux de toutes sortes pour les assembler différemment. On peut ainsi mélanger les matériaux, les couleurs, les épaisseurs, etc., selon le projet que l’on a en tête. A l’Amicale, nous disposons donc pour l’instant d’émaux de Briare, de grès cérame, de faïence en carreaux ou en relief et d’un peu de verre, que nous coupons à la pince. Ensuite, nous les collons sur un support (planche, plateau, pot, table…), puis reste à jointer l’ensemble.

L’atelier du mardi s’adresse à tous : il n’est nullement besoin d’être un grand dessinateur ou un grand bricoleur. Chacun va à son rythme et, en plus de la satisfaction ressentie lorsque l’on réalise quelque chose soi-même, on sort en général de la séance plus calme, comme apaisé…

Voici quelques photos de créations mosaïstiques en cours ou terminées, réalisées à l’atelier de l’Amicale :

Pour de plus amples renseignements : marionbarthelat@yahoo.fr.

Technique de Ravenne : la mosaïque de marbre sur chaux provisoire

En août dernier, j’ai suivi un stage d’une semaine à l’atelier parisien de Giovanna Galli pour y apprendre la technique de Ravenne de la mosaïque de marbre sur un support de chaux provisoire. Ce furent six journées de concentration intense, pleines d’enseignements… et de rigolades !

Peu utilisée de nos jours, cette technique reste néanmoins très intéressante à étudier. Elle fut en effet inventée par des mosaïstes ravennates en 1955. A l’époque et durant les décennies qui suivirent, les touristes aimaient à rapporter chez eux un petit bout d’Italie et la copie de mosaïques anciennes était une bonne source de revenus pour les mosaïstes italiens. Ainsi cette méthode fut-elle notamment mise au point pour leur apporter un grand confort dans la réalisation de reproductions. Elle était également très pratique pour l’enseignement, car la chaux a l’avantage de sécher lentement et la mosaïque peut ainsi être retravaillée, retouchée. Elle fut donc utilisée couramment à des fins didactiques.

Voici les différentes phases de cette technique, dite « de Ravenne » (cliquer sur la première image pour ensuite faire défiler les photos et lire les commentaires) :

J’ai ensuite cherché une image de la mosaïque originale d’Aquileia, que voici ci-dessous, et j’ai été un peu surprise, car je me suis rendu compte que la reproduction qui m’avait servi de modèle n’était pas très réussie (ce dont m’avait quand même prévenue Giovanna !). La bouche, par exemple, que je trouvais assez laide, est en fait d’une bien plus grande finesse. Si c’était à refaire, je travaillerais donc à partir d’un original, mais bon, je suis contente de ma reproduction de reproduction !

Aquileia-mosaïque-originale

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur cette technique, Giovanna Galli a publié un livre très bien fait (pour moi, l’un des meilleurs actuellement parmi les livres sur les techniques de la mosaïque) en 2002, aux éditions Ulisse, qui s’intitule La mosaïque selon la tradition de Ravenne.