Petit tour par Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille (13), France

Voilà bien longtemps que je n’avais pas gravi la côte jusqu’à cette chère « Bonne Mère », alors j’y suis retournée il y a peu pour admirer (enfin !) le résultat de sept longues années de restauration. Et ce fut une belle découverte !

Notre-Dame-de-la-Garde se dresse sur la colline du même nom et domine la ville de Marseille, dont elle est devenue le symbole. Considérée comme la gardienne des marins et des pêcheurs, elle est même le lieu le plus visité de la cité phocéenne. Mais de 2001 à 2008, la basilique a subi des travaux de remise en état, tout d’abord à l’extérieur en raison des effets désastreux de la corrosion atmosphérique (rappelons que le monument se trouve à deux petits kilomètres du bord de mer à vol d’oiseau), notamment sur le marbre vert des Alpes, mais aussi à l’intérieur, avec ses remarquables mosaïques, noircies par la fumée des cierges et endommagées par des impacts de balles et des éclats d’obus lors de la Libération en août 1944.

Les travaux de restauration ont donc été confiés à un mosaïste du cru : Michel Patrizio. De génération en génération, les Patrizio se sont transmis le savoir-faire des mosaïstes du Frioul et emploient aujourd’hui des mosaïstes issus de l’école de Spilimbergo, en Italie. Spécialisés dans la restauration, ils ont oeuvré à la remise en état de monuments tels que la Basilique du Rosaire à Lourdes, l’Eglise Sainte Thérèse à Rennes, ou encore le musée des Beaux-Arts de Nice.

Après la guerre, les trous laissés par les tesselles manquantes dans les mosaïques de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde avaient été comblés par du plâtre recouvert de peinture ! Pour remplacer les tesselles d’origine, Patrizio s’est donc procuré les matériaux nécessaires à Venise, chez Orsoni. La partie la plus abîmée était la coupole la plus proche du chœur : toutes les mosaïques d’or ont dû être changées ! Enfin, certaines parties de mosaïques menaçant de se décoller ont été consolidées par des injections de résine.

Voici, en prime, un lien vers une vidéo réalisée par le diocèse de Marseille, à l’image, certes, pas d’une grande qualité, mais avec un commentaire fort intéressant du Père Levet, qui décrit et analyse les mosaïques de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde.

« Ravenna », poème de Louis MacNiece

What do I remember of my visit to Ravenna ? Firstly,Sant' Apollinare in Classe

That I had come from Venice where I had come from Greece

So that my eyes seemed dim and the world flat. Secondly,

That after Tintoretto’s illusory depth and light

The mosaics knocked me flat. There they stood. The geese

Had hissed as they pecked the corn from Theodora’s groin,

Yet here she stands on the wall of San Vitale, as bright

As life and a long shot taller, self-made empress,

Who patronized the monophysites and the Greens

And could have people impaled. There was also and thirdly the longSant' Appollinare in Classe

Lost naval port of Caesar, surviving now in the name

In Classe : the sea today is behind the scenes

Like his Liburnian galleys. What went wrong

With Byzanthium as with Rome went slowly, their fame

Sunk in malarial marsh. The flat lands now

Are ruled by a sugar refinery and a church

Sant’ Apollinare in Classe. What do I remember of Ravenna ?

A bad smell mixed with glory, and the cold

Eyes that belie the tessellated gold.

Louis MacNiece (Belfast, 1907 – Londre, 1963),

in The Burning Perch (1963).

Dixième numéro de « Mosaïque Magazine »

9. couverture juillet 2015Reçu dernièrement dans ma boîte aux lettres : le dernier numéro de Mosaïque Magazine. Et je découvre une superbe couverture d’après une mosaïque d’Orodè Deoro, en relief ! Cela nous rappelle que la mosaïque est un art du relief, du toucher, autant qu’un art visuel.

Pour ce dixième numéro, vous pourrez lire pas moins de 115 pages sur les artistes, les lieux, les expo qui font la mosaïque aujourd’hui.

Au sommaire, en vrac, et en une liste non exhaustive : le joli hommage de Jérôme Gulon à Charlie Hebdo, l’examen « Meilleurs Ouvriers de France » 2015 avec les œuvres de C. Albertini, M.-L. Besson et M. Lanoë., les portraits de Clément Mitéran, l’atelier de la famille marseillaise Patrizio, l’expo de Verdiano Marzi à Chicago, et j’en passe…

Bonne lecture à tous !

Ma bibliographie mosaïstique : suggestions de lecture

Difficile de choisir le bon bouquin quand on s’attaque à la mosaïque… Evidemment, si l’on veut se contenter de casser quelques assiettes, on trouvera toutes sortes d’ouvrages au rayon « activités manuelles » de n’importe quelle librairie. Mais lorsqu’il s’agit d’en savoir plus sur l’histoire de la mosaïque, les techniques de mosaïque dans l’Antiquité ou bien les grands noms de la mosaïque contemporaine, ça devient un peu plus compliqué !

Alors voici quelques petites suggestions de lecture pour les amateurs, extraites de ma modeste bibliothèque. Cette liste n’est évidemment en rien exhaustive, et vos remarques et idées seront toujours les bienvenues !

couverture L'art de la mosaiqueL’art de la mosaïque, Caroline Sutter & Celia Gregory, 35 euros.

Si l’on s’en tient au côté décoratif de la mosaïque, ce livre propose de bonnes idées aux moins inspirés, accompagnées de conseils techniques. Toutes sortes de matériaux sont utilisés, du marbre aux smalts, en passant par la céramique, les galets, les matériaux de récupération, etc., et l’on voit tout ce qu’il est possible de faire avec la mosaïque en matière de déco. Les puristes crieront donc au scandale, car il n’y a là, certes, rien de ravennate, mais les débutants désireux de réaliser de beaux objets originaux y trouveront de précieux conseils.

couverture Techniques de la mosaiqueTechniques de la mosaïque, Emma Biggs, 26 euros.

Plus technique que le précédent, mais dans la même veine pour ce qui est du type de réalisations, le livre d’Emma Biggs explique les bases de la mosaïque : poses directe et indirecte, les opus, les erreurs fréquentes (très utile pour le débutant !), la coupe à la pince… Un bon ouvrage à feuilleter avant de se lancer dans sa première création.

couverture La mosaïque de la copie à l'interprétationLa mosaïque …de la copie à l’interprétation…, Evelina Della Vedova, 28 euros.

Manuel technico-didactique de l’Ecole des Mosaïstes du Frioul, à Spilimpergo (Italie), ce livre n’est pas facile à trouver dans sa version française. Le mieux est de le commander directement auprès de l’Ecole des Mosaïstes du Frioul (voir lien ci-dessus)… ou de bien lire l’italien !

Contrairement aux précédents, il se concentre exclusivement sur la mosaïque contemporaine de pierre et de verre, taillés à la marteline. Les conseils techniques sont plus riches, mais il peut être bon de se former auprès d’un maître plutôt que de se contenter d’un tel ouvrage ! En revanche, après une formation, il vous aidera à vous rappeler certains détails et vous aidera à répondre aux questionnements survenant une fois votre stage terminé ! En prime : un glossaire de « l’étrange langage du mosaïste » !

couverture La mosaiqueLa mosaïque selon la technique de Ravenne – Historique, matériaux et techniques, Giovanna Galli, 14,90 euros.

Tout est dit dans le titre ! Manuel synthétique qui explique les bases. Après une définition de ce qu’est, pour elle, l’art de la mosaïque, Giovanna Galli retrace l’historique de la mosaïque, de l’Antiquité à nos jours. Puis elle donne des indications sur les outils, les matériaux, ainsi que des exemples de réalisations en pas à pas. Enfin, on trouvera des conseils très utiles sur la conservation, l’entretien et le transport des œuvres.

couverture Mosaïques grecques et romainesMosaïques grecques et romaines, Umberto Pappalardo & Rosaria Ciardiello, 99 euros.

Un peu plus onéreux, certes, mais ce livre fait partie de la magnifique collection de livres d’art de Citadelles & Mazenod. Les mosaïques grecques et romaines sont présentées ici comme le témoignage d’une époque, les peintures ayant été conservées bien plus difficilement. Les auteurs rappellent donc brièvement les origines de l’art de la mosaïque et de son appellation, et les techniques d’exécution ainsi que l’évolution de ces techniques au fil du temps, avant de faire un tour des lieux où l’on peut admirer les plus belles mosaïques antiques. Cet ouvrage aux illustrations de très grande qualité (et en grand format !) est intéressant à bien des égards, mais plus particulièrement d’un point de vue culturel plutôt que technique.

couverture Manuel de mosaïque contemporaineManuel de mosaïque contemporaine, Clément Mitéran, 25 euros.

Pour moi, ce livre est celui d’un mosaïste d’une grande générosité, qui semble avoir à cœur de faire découvrir son art sans craindre qu’on lui « pique » ses trucs et astuces ! Au travers des œuvres de quatorze mosaïstes contemporains, tous issus de la prestigieuse Ecole des Mosaïstes du Frioul à Spilimbergo, il nous initie aux outils et matériaux, mais surtout il offre un éclairage supplémentaire sur certains points techniques comme le travail de la couleur en mosaïque (thème que l’on retrouve rarement de manière aussi approfondie dans les autres ouvrages), les andamenti, etc.

Pour se le procurer, il faut s’adresser directement à l’Atelier Mosaicozette (11 bis rue Guillaume Bigourdan, 91320 Wissous), en ajoutant au prix du livre 3,50 euros de livraison, le tout à l’ordre de Clément Mitéran. Sinon, le Manuel de mosaïque contemporaine est désormais disponible dans d’autres lieux, dont vous trouverez les noms et adresses sur le lien ci-dessus.

couverture Gérard BrandGérard Brand, Une vie en mosaïque, Albert Strickler, 26 euros.

« Livre mosaïque », comme l’auteur le qualifie lui-même, cet ouvrage est empreint d’une grande sensibilité, comme le sujet dont il traite. L’art si singulier de Gérard Brand séduit ou non, mais ce qui est certain, c’est qu’il ne laisse pas indifférent. Tout comme le bonhomme, d’ailleurs. Ce livre est donc l’occasion de se plonger dans son univers, en le feuilletant dans le sens que l’on voudra, en piochant ça et là, au gré des envies, pour s’approprier l’ensemble petit bout par petit bout, comme les délicates tesselles de l’œuvre du « passeur de lumière ».

Bonne lecture à tous !

Surprise au « London Transport Museum »

Hans Unger - London BusFin 2014. Petit séjour à Londres avec, au programme, la visite du London Transport Museum. C’est un musée fort sympathique, aussi bien fait (comme beaucoup de musées britanniques) pour les petits que pour les grands, sur l’histoire des transports de la capitale anglaise. Il est situé dans un des angles de la place de l’ancien marché de Covent Garden. Le bâtiment, superbe, est d’ailleurs celui de l’ancien coin des marchands de fleurs.

On y trouve donc, entre autres choses, tout un tas d’affiches et quelques œuvres d’art liées aux transports londoniens, et c’est ainsi que j’ai fait la découverte d’une étonnante mosaïque réalisée en 1970 par Hans Unger et Eberhard Schulze. Bizarrement, un poster de la même taille a été placé dans la vitrine, juste devant la mosaïque : on est donc forcé de regarder le poster représentant la mosaïque alors que l’œuvre originale se trouve juste derrière ! C’est un peu frustrant, mais en se plaçant de côté, les plus curieux peuvent en apercevoir une bonne partie !

Unger-Eber-Christ-on-the-Cross

église de St Jude, à Wigan

Hans Unger était dessinateur et travaillait principalement pour le monde de la publicité. Juif, il avait quitté l’Allemagne dès 1936. Il était d’abord parti pour l’Afrique du Sud, puis avait été fait prisonnier par les Allemands et emmené en Italie. Evadé, il avait parcouru le sud de l’Europe et était retourné brièvement en Afrique du Sud avant de s’installer définitivement à Londres et d’acquérir la nationalité anglaise. Là, il fonda son propre studio et dessina des affiches pour diverses entreprises, dont London Transport.

Hans Unger - GuardSon intérêt pour la mosaïque le poussa à étudier les techniques anciennes à Ravenne, Florence et Venise et à partir des années 1960, il créa plusieurs œuvres en compagnie de son compagnon, artiste mosaïste, Eberhard Schulze, notamment pour des églises ou la mairie de Lewisham, au sud-est de Londres.

En 1975, Hans Unger se suicida. Eberhard Schulze, quant à lui, dut abandonner la mosaïque pour des raisons de santé. Il se reconvertit dans la pisciculture et quitta l’Angleterre.

Unger-Eber

Eberhard Schultze et Hans Unger (1964)